Intelligence émotionnelle au XVIIème siècle

Il est vrai que, lorsqu’on n’aime plus, avoir aimé ne donne pas plus de contentement que le souvenir d’avoir bu lorsqu’on n’a plus soif.

Ainsi s’exprime Françoise d’Aubigné, Marquise de Maintenon, souvent considérée comme la femme la plus influente du XVIIème siècle, sous la plume délicate de Françoise Chandernagor dans « L’allée du Roi », chapitre 7. Ecoutons ce qu’elle nous dit à propos des émotions…

Françoise_d'Aubigné

« L’altération du souvenir de cette passion me paraît toutefois tenir davantage d’une particularité de ma nature que du cours inéluctable des sentiments. À l’instant qu’une peine m’est causée, je n’éprouve guère plus qu’une morsure de surface ; c’est au moment même que je suis touchée que ma blessure m’est le plus insensible. Dans les commencements de ma vie, j’allais parfois jusqu’à douter d’être atteinte, tant il m’était facile, au milieu de revers étonnants, de tourments imprévus et de malheurs soudains, de conserver un certain air d’indifférence dont je me dupais moi-même. À mesure que le temps passait, pourtant, et que s’effaçait peu à peu le souvenir de la cause qui les avait fait naître, ces douleurs, légères à l’origine, devenaient plus pesantes. Plus mes émotions s’éloignaient de leur source, plus elles s’approfondissaient, se creusaient, s’élargissaient, faisant peu à peu leur lit dans ma vie, s’y étalant comme un fleuve à chaque moment plus vaste, puissant, irrésistible, jusqu’à envahir enfin, bien des années après leur surgissement et dans un paysage fort changé, tout l’horizon de mes pensées ainsi qu’une mer infinie. J’ai beau sentir vivement l’inutilité de ces sentiments sortis de leur lieu et de leur temps, ils s’imposent à mon esprit si fortement qu’ils masquent les chagrins et les bonheurs immédiats qui me devraient être plus sensible. Aussi n’ai-je jamais pu enfermer à l’intérieur d’un même temps les aventures de ma vie et les sentiments qu’elles ont fait naître en moi. »

Pour moi, ce texte illustre de façon personnelle et vivante une dimension de l’intelligence émotionnelle que l’on retrouve dans ses principaux modèles (Mayer et Salovey, Goleman, Bar-On) : la capacité à être conscient de ses émotions et à les exprimer.

A propos de l’intelligence émotionnelle, vous pouvez aussi consulter cet article très documenté sur le site cairn.info : « Émotions, organisation et management : une réflexion critique sur la notion d’intelligence émotionnelle ».

Questions : Quelles émotions pesantes liées à vos expériences passées, professionnelles ou personnelles, s’imposent encore à vous? A quelles expériences passées réussies et joyeuses pourriez-vous penser davantage pour ressentir des émotions agréables?

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